Les réflexions d'un chrétien de gauche
Le blog, quelques lignes lancées à la lecture incertaine de personnes du monde entier. Commenter l'actualité à partir de mon point de vue de chrétien, résolument engagé à gauche. Echanger avec d'autres, dans la diversité des opinions, communiquer... La technologie nous donne la possibilité de toucher le monde entier en quelques clics de souris. Quelle époque passionnante ! Pascal PILET
Le chacun pour soi n'est pas une fatalité.
Le cycle électoral présidentielles-législatives est terminé. Sarkozy est élu... assez largement. Mais un mois plus tard l'écart se resserre. "Les pauvres ont voté pour les riches", a titré un hebdomadaire. Sans doute a-t-il raison, tant il est vrai que les riches, pour l'être de plus en plus, ne sont pas pléthore, et ne pourraient en aucun cas infléchir le résultat d'une telle consultation. Il reste que les valeurs du candidat Sarkozy ne sont pas moins discutables que celles du Président Sarkozy. L'individu n'est pas tout. Le chacun pour soi, qui n'est que le prélude au tous contre tous, ne peut constituer une fin en soi. Ceux qui le pensent entrent en résistance... Avec des groupes de gauche à l'Assemblée qui dépassent les espérances que les résultats de la Présidentielle laissaient présager. Les médias glosent sur la déconfiture de la gauche. A vrai dire, ils ont eu du mal à résister au rouleau compresseur sarkozyste. La défaite à la présidentielle est réelle. On aurait tort de la nier. Pour autant, Sarkozy n'a pas le blanc-seing qu'il espérait. Pour obscur qu'il semble, l'avenir n'est pas écrit d'avance. Le chacun pour soi n'est pas une fatalité. A gauche, les chrétiens sont de ceux qui doivent porter haut et fort ce message.
Un sondage IFOP réalisé auprès de 1842 personnes, le 27 février dernier et publié par le quotidien « La Croix », s’attarde sur le vote des catholiques. Il confirme ce que l’on sait déjà : la majorité des catholiques votent à droite. Parmi ceux qui se déclarent pratiquants : 72 % voteraient Sarkozy au second tour, contre seulement 28 % en faveur de Ségolène Royal . Les catholiques non pratiquants produisent un vote semblable quoique moins marqué : 57 % pour Sarkozy contre 43 % à Royal. Tout de même plus à droite que l’ensemble de la population, qui donne Sarkozy vainqueur au second tour 51/49.
Catholique et de gauche, cette enquête ne manque pas de m’interpeler. Comment se fait-il que plus un catholique est censé pratiquer sa foi, plus il vote à droite. Quelle justification biblique, doctrinale ou pastorale est susceptible de justifier ce choix ? L’Evangile ne nous livre pas de projet de société, clés en mains ! Pour ma part, plus j’approfondis ma vie de foi et plus mon engagement à gauche me semble logique. En tout cas, je n’ai pas l’impression de vivre un grand écart entre ma foi et mes convictions sociales et politiques.
Je vois une autre explication à cette situation. Elle est à la fois historique et sociologique. Majoritairement compromise avec l’Ancien Régime au XVIII)° siècle, l’Eglise catholique n’a pas su se situer dans la modernité du XIX° siècle… période à laquelle elle n’a pas été capable de prendre les moyens d’être présente à la classe ouvrière qui se constituait et au mouvement ouvrier qui se constituait. Malgré les efforts développés à partir de l’encyclique Rerum Novarum de 1893, la création de la JOC à la fin des années vingts, la classe ouvrière demeurera toujours une terre de mission difficile et méfiante à l’égard d’une Eglise perçue du côté des riches. Le gros des troupes catholiques se recrutera à la campagne et surtout dans les milieux bourgeois. Cette réalité conserve sa pertinence de nos jours encore. En ce sens, le vote catholique, plus qu’un vote catholique est un vote de classe sociale, dicté par les intérêts du groupe social d’appartenance. Les choses évoluent lentement dans le sens d’une normalisation. En 1981, 80 % des catholiques pratiquants avaient choisi Giscard d’Estaing , les prêtres pour leur part se rapprochant des tendances générales et ayant réparti, à peu près à parts égales leurs suffrages entre Mitterrand et Giscard.
Reste que le sujet est relativement tabou au sein de l’Eglise. Nous aurons sûrement droit à une déclaration générale de l’Episcopat… Mais je n’ai pas trop l’impression de voir nos communautés chrétiennes s’interroger à propos de cette échéance démocratique majeure. C’est sûrement dommage !
Chrétien et de gauche... Bizarre, on ne précise jamais chrétien et de droite, comme si cela allait davantage de soi ! Bête rare (semble-t-il de plus en plus) dans l'Eglise catholique d'aujourd'hui, curiosité dans les organisations de gauche... ("Tiens, ça existe encore !). Une identité riche, qui relie la promesse biblique de la libération de l'oppression faite au Peuple d'Israël de l'Antiquité, avec le combat actuel pour une société plus juste, plus égalitaire, et au total plus vivable pour nos enfants. Une promesse de vie pleine et fraternelle à construire avec tous, dans le respect des différences et des consciences. Tout un programme et une ligne de vie !