Samedi 19 mai 2007
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" La fidélité, c’est pour les sentiments, l’efficacité pour le Gouvernement" déclarait dernièrement Nicolas SARKOZY à un parterre de députés pourtant acquis à sa cause. Une telle phrase, abondamment reprise par les médias, ne manque pas de m’interpeller et de m’inquiéter. J’évoquais récemment les valeurs inquiétantes qui avaient gagné les élections en France. Ce genre de positionnement n’est pas pour me rassurer. La férocité de la formule met en relief une déliquescence du sens éthique. En somme, les fins (parfois assez opaques, comme pour la constitution du nouveau gouvernement) justifieraient les moyens. Quand on sait où cette vision a conduit à travers l’histoire, on ne peut que rester vigilant sur la suite des événements.
Vouloir dissocier l’action des sentiments, des valeurs, n’est pas neutre. Comme si l’efficacité avait un sens sans ces valeurs. Sans les valeurs républicaines, par exemple, la construction du plein emploi peut se traduire par une mise à disposition de salariés taillables et corvéables à merci… nouveaux esclaves d'une société mondialisée et sans éthique. La méthode peut donc être efficace, mais la solution n'est pas éthique pour autant. Elle crée même de plus grands troubles que ceux qu’elle prétend régler.
Vouloir dissocier l’action des valeurs conduit à une logique du tous contre tous, où soumis à la loi de la jungle, l’homme devient un loup pour ses semblables. La confiance, ciment indispensable d’une société, disparaît au profit d’une méfiance généralisée et d’une insécurité institutionnalisée.
La composition du nouveau Gouvernement nous donne un avant-goût de cette nouvelle philosophie politique. Prétendant l’ouverture, on débauche quelques personnes à l’ego surdimensionné, qui jusqu’à présent se situaient à la gauche de l’échiquier politique. Besson, il y a quelques semaines, Kouchner hier… Le chrétien que je suis se souvient de l’un des textes fondateurs du judeo-christiannisme : Esaü vendant son droit d’aînesse à son frère pour un plat de lentilles. (Genèse 25). En soutenant une politique que tout annonce comme étant étrangère aux idéaux de la Gauche sociale et politique, ces personnes renoncent à leur part d’héritage du combat mené depuis le XIX° siècle par le monde ouvrier pour sa libération. Ni plus ni moins. Elles ne représentent plus que le renoncement à des idéaux qui continuent pourtant à faire vivre beaucoup d’autres et qui demeurent plus que jamais nécessaires dans le contexte actuel.
Je comprends le trouble de certains militants de droite, honnêtement de droite… On sait en effet où commence la trahison et jamais où elle peut nous amener. Il très inquiétant que les plus hautes autorités de l’Etat revendiquent de telles pratiques comme principe de gouvernement.
Par Pascal PILET
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Mercredi 7 mars 2007
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16:41
Un sondage IFOP réalisé auprès de 1842 personnes, le 27 février dernier et publié par le quotidien « La Croix », s’attarde sur le vote des catholiques. Il confirme ce que l’on sait déjà : la majorité des catholiques votent à droite. Parmi ceux qui se déclarent pratiquants : 72 % voteraient Sarkozy au second tour, contre seulement 28 % en faveur de Ségolène Royal . Les catholiques non pratiquants produisent un vote semblable quoique moins marqué : 57 % pour Sarkozy contre 43 % à Royal. Tout de même plus à droite que l’ensemble de la population, qui donne Sarkozy vainqueur au second tour 51/49.
Catholique et de gauche, cette enquête ne manque pas de m’interpeler. Comment se fait-il que plus un catholique est censé pratiquer sa foi, plus il vote à droite. Quelle justification biblique, doctrinale ou pastorale est susceptible de justifier ce choix ? L’Evangile ne nous livre pas de projet de société, clés en mains ! Pour ma part, plus j’approfondis ma vie de foi et plus mon engagement à gauche me semble logique. En tout cas, je n’ai pas l’impression de vivre un grand écart entre ma foi et mes convictions sociales et politiques.
Je vois une autre explication à cette situation. Elle est à la fois historique et sociologique. Majoritairement compromise avec l’Ancien Régime au XVIII)° siècle, l’Eglise catholique n’a pas su se situer dans la modernité du XIX° siècle… période à laquelle elle n’a pas été capable de prendre les moyens d’être présente à la classe ouvrière qui se constituait et au mouvement ouvrier qui se constituait. Malgré les efforts développés à partir de l’encyclique Rerum Novarum de 1893, la création de la JOC à la fin des années vingts, la classe ouvrière demeurera toujours une terre de mission difficile et méfiante à l’égard d’une Eglise perçue du côté des riches. Le gros des troupes catholiques se recrutera à la campagne et surtout dans les milieux bourgeois. Cette réalité conserve sa pertinence de nos jours encore. En ce sens, le vote catholique, plus qu’un vote catholique est un vote de classe sociale, dicté par les intérêts du groupe social d’appartenance. Les choses évoluent lentement dans le sens d’une normalisation. En 1981, 80 % des catholiques pratiquants avaient choisi Giscard d’Estaing , les prêtres pour leur part se rapprochant des tendances générales et ayant réparti, à peu près à parts égales leurs suffrages entre Mitterrand et Giscard.
Reste que le sujet est relativement tabou au sein de l’Eglise. Nous aurons sûrement droit à une déclaration générale de l’Episcopat… Mais je n’ai pas trop l’impression de voir nos communautés chrétiennes s’interroger à propos de cette échéance démocratique majeure. C’est sûrement dommage !
Par Pascal PILET
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Lundi 15 janvier 2007
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12:47
En 2004, alors évêque de San Pedro, il avait appuyé fortement la lutte des paysans sans terre paraguayens contre les latifundistes et les multinationales, qui se les approprient sans vergogne. Il s’en était vivement pris à la dictature économique imposée par le FMI. Une démarche qui n’a pas du plaire en haut lieu : Jean-Paul II l’a mis à la retraite anticipée à 52 ans. Lorsqu’on sait que « l’âge légal » pour un évêque est de 75 ans, on comprend que le Pape n’était pas très content de lui, même si les raisons de cette mise à l’écart n’ont pas été publiées. Une affaire qui n’est pas sans rappeler celle de Jacques GAILLOT, dix ans plus tôt. en France. Le parti des plus pauvres est malheureusement difficilement celui de l’establishment romain de notre Eglise catholique, hormis des déclarations générales et le plus souvent décontextualisées.
Le mouvement social paraguayen a reconnu en Fernando LUGO, un homme capable de porter l’espoir de tous ceux qui n’en peuvent plus de la gestion antidémocratique du Parti Colorado, au pouvoir depuis 1947. Des organisations d’opposition, les paysans sans terre, des syndicalistes, lui ont demandé de porter leurs couleurs à la présidentielle de 2008. Il dit de lui-même : « je ne suis ni de gauche ni de droite , car au Paraguay, il y a seulement ceux qui ont volé, et ceux qui sont les victimes de ce vol ».
Annonçant sa candidature le jour de Noël, il a demandé à retourner à l’état laïc. Cela apparaît essentiel pour le respect de la laïcité de l’Etat, car il n’est jamais très sain que des religieux, même portés par les meilleures intentions du monde, dirigent la société civile, et engendrent un mélange des genres.
Le Président de la Conférence épiscopale paraguayenne, Ignacio Goraya, a condamné la "rébellion" et menacé Fernando LUGO d’excommunication. Depuis le Vatican, le Cardinal Giovanni Battista Ré, préfet de la Congrégation des Evêques, lui a adressé un courrier l’informant l’admonestation du Pape Benoît XVI et lui ordonnant de renoncer à sa candidature. Une position qui n’est pas celle des milieux progressistes de l’Eglise : on se souvient qu’en juin dernier, à l'appel de Fernando LUGO, plus de 2000 personnes avaient formé une chaîne humaine contre l’injustice. De nombreux prêtres, religieux (entraînant leurs novices) et étudiants avaient participé. Des prêtres en vue, comme le provincial des jésuites, Carlos CANILLAS, ainsi que Pedro VELASCO, connu comme « le curé des pauvres », José Valpuesta, Francisco de Paula OLIVA, avaient alors participé aux manifestations. Ce sont eux qui ont raison !
Par Pascal PILET
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Jeudi 11 janvier 2007
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22:02
François HOLLANDE a indiqué aujourd'hui deux mesures essentielles, envisagées si la gauche emporte les élections : supprimer les baisses d'impôt accordées par la droite aux personnes gagnant plus de 4000 euros nets par mois, revenir sur les diminutions de l'impôt de solidarité sur la fortune. J'entends déjà les commentaires de certains : "trop d'impôt tue l'impôt", "on va faire fuir ceux qui entreprennent"... Pourtant, il faut avoir le courage de le dire : ces mesures n'ont rien de scandaleux. Elles manifestent concrêtement la volonté de réduire les inégalités, en redistribuant une partie de la richesse. Je sais bien qu'il est difficile de vivre ce partage. L'évangéliste Marc, met ces paroles dans la bouche de Jésus : "Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume des Cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille" (Marc-ch 10 versets 24-25). Quel sens de la formule ! Et quelle vérité derrière cette remarque ! Le culte de l'argent gangrène notre Société. Aujourd'hui beaucoup plus qu'hier. Une minorité en a trop, parfois beaucoup trop ; une majorité n'en a pas assez. Et cela crée des déséquilibres sociaux, importants, que nous répérons chaque jour : chômage, exclusion, violence... Pour "entrer dans le Royaume", ou en termes plus prosaiques que ceux de l'évangéliste, pour construire une Société dans laquelle il fait bon vivre, basée sur des relations humaines agréables, un monde dans lequel hommes, femmes et enfants connaissent un épanouissement réel, il est indispensable, de faire de l'argent un serviteur et non un maître. L'impôt est fait pour cela. Il nous rappelle que nous sommes une Société, dans laquelle tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Certains, du fait de leur naissance, de leurs talents ou de la chance, ont des moyens financiers importants. Il ne s'agit pas de les spolier. Mais tout simplement de leur permettre d'assumer pleinement leur place dans la Société. Flatter l'évasion fiscale comme le fait Sarkozy en manifestant de la complaisance à l'égard des ultra-privilégiés qui font ce choix ("ceux qui ont réussi"), est doublement méprisant. Pour les intéressés d'abord, qui peuvent comprendre un discours parlant à leur intelligence et à leur coeur, pour le reste du peuple ensuite, qui pour être moins riche, n'en est pas moins capable de réussite. Dans une Société moderne, l'impôt manifeste cette solidarité. Au fur et à mesure que la puissance publique est privée de ses ressources, on ressuscite le caritatif pour gérer la question -collective par excellence- de la pauvreté, alors qu'une redistribution des richesses serait à la fois plus juste et plus efficace. Un véritable piège pour les chrétiens : à mal aider, et armé des meilleures intentions du monde, on peut arriver à conforter les mécanismes de reproduction de la pauvreté. Je me réjouis que le projet socialiste offre en ce domaine, de nouvelles perspectives.
Par Pascal PILET
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Jeudi 4 janvier 2007
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12:51
Des tent
es dans les villes pour abriter les SDF. Les associations ont trouvé le moyen de rendre visible un problème que le Gouvernement aurait préféré voir rester caché. Comme cela fait un peu désordre, on veut voter, en catastrophe, une loi sur le droit au logement opposable, dont les effets seraient progressifs : fin 2008 pour ceux qui sont dans la rue, en 2012 pour la masse des mal logés. Ce réveil de circonstance laisse circonspect. On parle d'une loi simple... qu'une autre loi pourrait toujours défaire ou vider de son contenu... Je préfèrerais grandement une inscription dans le marbre de la Constitution.
Ségolène ROYAL, dans ses voeux présentés ce jour, a le mérite de faire des propositions concrètes : substitution de l'Etat aux collectivités territoriales qui préfèrent payer des pénalités plutôt que de respecter le quota de 20 % de logements sociaux, augmentation des impôts sur les logements vides depuis plus de deux ans, droit pour les communes d'opérer des acquisitions réquisitions de logements vides, mise en place d'un dispositif d'accès à la propriété de leur logement pour les locataires vivant dans leur logement HLM depuis 15 au moins, élargissement des conditions d'accés aux prêts gratuits... Je vois dans ces mesures la volonté de rompre avec une logique spéculative qui domine le marché immobilier depuis l'explosion de la bulle boursière des nouvelles valeurs technologiques au début des années 2000. Un pas en avant peut être fait. Sans doute tous les SDF ne seront pas logés demain. Il faut bien le dire, la problématique SDF est complexe. Elle ne se limite pas au seul droit au logement. L'accés à l'emploi, l'accompagnement social doivent également être développés pour réussir dans cette voie. Cela suppose de l'argent pour les associations, celui-là même que l'Etat ne cesse de réduire depuis qu'une certaine droite a pris le pouvoir en 2002.
Par Pascal PILET
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