Lundi 15 janvier 2007
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En 2004, alors évêque de San Pedro, il avait appuyé fortement la lutte des paysans sans terre paraguayens contre les latifundistes et les multinationales, qui se les approprient sans vergogne. Il s’en était vivement pris à la dictature économique imposée par le FMI. Une démarche qui n’a pas du plaire en haut lieu : Jean-Paul II l’a mis à la retraite anticipée à 52 ans. Lorsqu’on sait que « l’âge légal » pour un évêque est de 75 ans, on comprend que le Pape n’était pas très content de lui, même si les raisons de cette mise à l’écart n’ont pas été publiées. Une affaire qui n’est pas sans rappeler celle de Jacques GAILLOT, dix ans plus tôt. en France. Le parti des plus pauvres est malheureusement difficilement celui de l’establishment romain de notre Eglise catholique, hormis des déclarations générales et le plus souvent décontextualisées.
Le mouvement social paraguayen a reconnu en Fernando LUGO, un homme capable de porter l’espoir de tous ceux qui n’en peuvent plus de la gestion antidémocratique du Parti Colorado, au pouvoir depuis 1947. Des organisations d’opposition, les paysans sans terre, des syndicalistes, lui ont demandé de porter leurs couleurs à la présidentielle de 2008. Il dit de lui-même : « je ne suis ni de gauche ni de droite , car au Paraguay, il y a seulement ceux qui ont volé, et ceux qui sont les victimes de ce vol ».
Annonçant sa candidature le jour de Noël, il a demandé à retourner à l’état laïc. Cela apparaît essentiel pour le respect de la laïcité de l’Etat, car il n’est jamais très sain que des religieux, même portés par les meilleures intentions du monde, dirigent la société civile, et engendrent un mélange des genres.
Le Président de la Conférence épiscopale paraguayenne, Ignacio Goraya, a condamné la "rébellion" et menacé Fernando LUGO d’excommunication. Depuis le Vatican, le Cardinal Giovanni Battista Ré, préfet de la Congrégation des Evêques, lui a adressé un courrier l’informant l’admonestation du Pape Benoît XVI et lui ordonnant de renoncer à sa candidature. Une position qui n’est pas celle des milieux progressistes de l’Eglise : on se souvient qu’en juin dernier, à l'appel de Fernando LUGO, plus de 2000 personnes avaient formé une chaîne humaine contre l’injustice. De nombreux prêtres, religieux (entraînant leurs novices) et étudiants avaient participé. Des prêtres en vue, comme le provincial des jésuites, Carlos CANILLAS, ainsi que Pedro VELASCO, connu comme « le curé des pauvres », José Valpuesta, Francisco de Paula OLIVA, avaient alors participé aux manifestations. Ce sont eux qui ont raison !
Par Pascal PILET
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Mercredi 7 mars 2007
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16:41
Un sondage IFOP réalisé auprès de 1842 personnes, le 27 février dernier et publié par le quotidien « La Croix », s’attarde sur le vote des catholiques. Il confirme ce que l’on sait déjà : la majorité des catholiques votent à droite. Parmi ceux qui se déclarent pratiquants : 72 % voteraient Sarkozy au second tour, contre seulement 28 % en faveur de Ségolène Royal . Les catholiques non pratiquants produisent un vote semblable quoique moins marqué : 57 % pour Sarkozy contre 43 % à Royal. Tout de même plus à droite que l’ensemble de la population, qui donne Sarkozy vainqueur au second tour 51/49.
Catholique et de gauche, cette enquête ne manque pas de m’interpeler. Comment se fait-il que plus un catholique est censé pratiquer sa foi, plus il vote à droite. Quelle justification biblique, doctrinale ou pastorale est susceptible de justifier ce choix ? L’Evangile ne nous livre pas de projet de société, clés en mains ! Pour ma part, plus j’approfondis ma vie de foi et plus mon engagement à gauche me semble logique. En tout cas, je n’ai pas l’impression de vivre un grand écart entre ma foi et mes convictions sociales et politiques.
Je vois une autre explication à cette situation. Elle est à la fois historique et sociologique. Majoritairement compromise avec l’Ancien Régime au XVIII)° siècle, l’Eglise catholique n’a pas su se situer dans la modernité du XIX° siècle… période à laquelle elle n’a pas été capable de prendre les moyens d’être présente à la classe ouvrière qui se constituait et au mouvement ouvrier qui se constituait. Malgré les efforts développés à partir de l’encyclique Rerum Novarum de 1893, la création de la JOC à la fin des années vingts, la classe ouvrière demeurera toujours une terre de mission difficile et méfiante à l’égard d’une Eglise perçue du côté des riches. Le gros des troupes catholiques se recrutera à la campagne et surtout dans les milieux bourgeois. Cette réalité conserve sa pertinence de nos jours encore. En ce sens, le vote catholique, plus qu’un vote catholique est un vote de classe sociale, dicté par les intérêts du groupe social d’appartenance. Les choses évoluent lentement dans le sens d’une normalisation. En 1981, 80 % des catholiques pratiquants avaient choisi Giscard d’Estaing , les prêtres pour leur part se rapprochant des tendances générales et ayant réparti, à peu près à parts égales leurs suffrages entre Mitterrand et Giscard.
Reste que le sujet est relativement tabou au sein de l’Eglise. Nous aurons sûrement droit à une déclaration générale de l’Episcopat… Mais je n’ai pas trop l’impression de voir nos communautés chrétiennes s’interroger à propos de cette échéance démocratique majeure. C’est sûrement dommage !
Par Pascal PILET
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Samedi 19 mai 2007
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17:37
" La fidélité, c’est pour les sentiments, l’efficacité pour le Gouvernement" déclarait dernièrement Nicolas SARKOZY à un parterre de députés pourtant acquis à sa cause. Une telle phrase, abondamment reprise par les médias, ne manque pas de m’interpeller et de m’inquiéter. J’évoquais récemment les valeurs inquiétantes qui avaient gagné les élections en France. Ce genre de positionnement n’est pas pour me rassurer. La férocité de la formule met en relief une déliquescence du sens éthique. En somme, les fins (parfois assez opaques, comme pour la constitution du nouveau gouvernement) justifieraient les moyens. Quand on sait où cette vision a conduit à travers l’histoire, on ne peut que rester vigilant sur la suite des événements.
Vouloir dissocier l’action des sentiments, des valeurs, n’est pas neutre. Comme si l’efficacité avait un sens sans ces valeurs. Sans les valeurs républicaines, par exemple, la construction du plein emploi peut se traduire par une mise à disposition de salariés taillables et corvéables à merci… nouveaux esclaves d'une société mondialisée et sans éthique. La méthode peut donc être efficace, mais la solution n'est pas éthique pour autant. Elle crée même de plus grands troubles que ceux qu’elle prétend régler.
Vouloir dissocier l’action des valeurs conduit à une logique du tous contre tous, où soumis à la loi de la jungle, l’homme devient un loup pour ses semblables. La confiance, ciment indispensable d’une société, disparaît au profit d’une méfiance généralisée et d’une insécurité institutionnalisée.
La composition du nouveau Gouvernement nous donne un avant-goût de cette nouvelle philosophie politique. Prétendant l’ouverture, on débauche quelques personnes à l’ego surdimensionné, qui jusqu’à présent se situaient à la gauche de l’échiquier politique. Besson, il y a quelques semaines, Kouchner hier… Le chrétien que je suis se souvient de l’un des textes fondateurs du judeo-christiannisme : Esaü vendant son droit d’aînesse à son frère pour un plat de lentilles. (Genèse 25). En soutenant une politique que tout annonce comme étant étrangère aux idéaux de la Gauche sociale et politique, ces personnes renoncent à leur part d’héritage du combat mené depuis le XIX° siècle par le monde ouvrier pour sa libération. Ni plus ni moins. Elles ne représentent plus que le renoncement à des idéaux qui continuent pourtant à faire vivre beaucoup d’autres et qui demeurent plus que jamais nécessaires dans le contexte actuel.
Je comprends le trouble de certains militants de droite, honnêtement de droite… On sait en effet où commence la trahison et jamais où elle peut nous amener. Il très inquiétant que les plus hautes autorités de l’Etat revendiquent de telles pratiques comme principe de gouvernement.
Par Pascal PILET
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Dimanche 20 mai 2007
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17:36
Afin de faciliter l'accès aux textes des théologiens de la libération et à l'actualité de ce courant, j'ai ouvert un blog que l'on peut atteindre à l'adresse suivante :
http://theologiedelaliberation.hautetfort.com/
Sans prétention, j'y mettrai, le cas échéant après les avoir traduits, les textes d'actualité écrits par ces théologiens, dont le travail se poursuit, malgré les difficultés et les obstacles qui se dressent sur le chemin.
J'espère ainsi contribuer, modestement et à ma mesure, à la diffusion d'une pensée dont l'accès est singulièrement difficile dans l'Eglise catholique de France et par voie de conséquences dans nos librairies religieuses.
Par Pascal PILET
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Samedi 30 juin 2007
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16:12
Le Pape RATZINGER s'apprête à autoriser largement la célébration de la messe selon l'ancien rite, dit "de Saint Pie V". Fesses au Peuple et dans une langue ancienne, des traditionnalistes dont les affinités avec l'extrême-droite politique ne sont plus à démontrer, vont pouvoir à nouveau librement proposer des liturgies qui nous ramènent un demi siècle en arrière. Pour la plupart des catholiques français, cette mesure est assez incompréhensible... d'autant qu'elle semble valider la remise en question que ces courants font du Concile de Vatican II, qui au début des années soixante du vingtième siècle a su ouvrir l'Eglise catholique au monde. A vrai dire, nos évêques français ne se montrent guère dignes du legs de leurs prédécesseurs, pères conciliaires, qui sûrent faire, en quatre années de Concile, avancer notre Eglise comme il se devait. Les tendances centrifuges, fondées sur une fidélité aveugle au successeur de Pierre, ont eu raison des acquis du vécu de l'Eglise catholique au cours des quatre dernières décennies. L'Episcopat de France, dont l'honneur avait été, précisément, d'ouvrir toutes grandes les fenêtres au souffle de l'Esprit, se replient désormais frileusement sur une situation qu'ils croient maîtriser au moment, où en vérité, elle leur échappe le plus. Le peuple de Dieu, celui des paroisses, celui des mouvements, n'a pas été consulté. L'Eglise catholique n'est pas une démocratie, nous dit-on ! Et rappeler l'Esprit du Concile est assez mal vu en cette période où l'on parle de "double herméneutique". Roger SCHULTZ, le "Frère Roger", de Taizé, annonçait dans ma jeunesse, un "printemps de l'Eglise", auquel pour l'essentiel les chrétiens de ma génération sommes restés fidèles. Les décisions du Pape RATZINGER nous replongent dans un hiver inattendu. La météo réserve parfois des caprices ! Parce que nous voyons plus loin que le moment présent, nous nous situons déjà dans la perspective de ce printemps pour lequel nous prions et nous agissons avant de contribuer le moment venu.
Par Pascal PILET
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