Parmi les premiers en France, ce blog avait annoncé l’an dernier, la candidature de Fernando LUGO, ancien évêque de San
Pedro, au poste de Président de la République du Paraguay. C’est désormais chose faite. Le Parti Colorado, de tendance conservatrice, qui détenait le
pouvoir depuis 61 ans, connaît une déroute électorale qui ouvre la voie à un changement. Porteuse d’espérance pour les plus pauvres, cette victoire électorale questionne une Eglise qui a
lourdement sanctionné l’ancien évêque, autant qu’une gauche européenne laïque qui se méfie du cléricalisme.
La victoire de Fernando LUGO, c’est en premier lieu celle de la théologie de la libération, fondant une option préférentielle pour les pauvres, dans la lignée du Concile de Vatican II. Depuis 25 ans au moins, sous la conduite du Cardinal RATZINGER, alors Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, les théologies de la libération, qui s’étaient largement répandues en Amérique Latine, sont pourfendues, et leurs promoteurs poursuivis. Que le peuple paraguayen ait majoritairement choisi une figure de ce courant, est significatif, d’une attente profonde. L’appareil de l’Eglise catholique, qui ne cache pas ses sympathies pour les pouvoirs conservateurs d’Amérique Latine, se trouve contesté de façon extrêmement claire. La victoire de Fernando LUGO, qui a abandonné le sacerdoce pour servir de façon différente, ne manquera pas d’être analysée comme cela, parmi les communautés de base, d’Amérique Latine et d’ailleurs. Après la défaite du Parti Populaire, soutenu ostensiblement par l’Episcopat, en Espagne, il y a juste un mois, le positionnement officiel de l’Eglise catholique est une nouvelle fois mis en cause par les peuples de pays dans lesquels elle avait jusqu’à présent une forte influence. Cette situation ne devrait pas manquer d’être analysée dans les cercles vaticans.
Cette victoire d’un candidat « de gauche » très particulier pose paradoxalement également question à la gauche
européenne. Même s’il a pris la précaution de renoncer au sacerdoce avant de s’engager en politique (les sanctions du Vatican ne sont venues
qu’ensuite), l’arrivée d’un ancien évêque dans le costume d’un Président de la République, interroge la conception laïque des institutions publiques,
avec la crainte, pour certains, de voir refleurir une forme de cléricalisme.
Le chrétien de gauche, profondément attaché à la laïcité des institutions publiques, que je suis, est pourtant confiant. La campagne de LUGO, à la différence de celle qui porta naguère Jean-Bertrand ARISTIDE au pouvoir en Haïti, n’a jamais eu de connotation messianique. On a vu un homme, un intellectuel, au service de l’organisation collective d’un peuple, ne reniant certes pas ses convictions chrétiennes, mais n’en faisant ni un étendard ni un préalable. Je crois bien qu’il faille accorder le crédit à Fernando LUGO, de vouloir s’inscrire résolument dans un cadre démocratique et républicain, dans un contexte particulier, qui en a fait le plus capable d’incarner un rassemblement authentiquement progressiste. Nous suivrons l’expérience avec sympathie et intérêt.
Voici près de deux mois que je n’ai pas écrit une ligne sur mon blog. Beaucoup de travail, pas mal de réunions en soirée, des engagements familiaux… et puis après une année chargée, le besoin également de me taire, d’observer. Il y a des moments comme cela, où il faut savoir prendre le recul qu’il faut, si l’on ne veut pas devenir creux dans ce que l’on fait ou ce que l’on dit.